« C’est que des décors, » qu’ils disaient, « pas la peine d’y passer vingt ans, » qu’ils disaient. Sauf que les ruines du Sector Imperialis sont tellement jolies que juste une sous-couche et un brossage à sec ça n’allait pas le faire.
Il y a *tousse* quinze ans, j’ai eu la chance d’aller à Florence, et j’ai gardé un souvenir émerveillé de la marqueterie de marbres qui recouvre le Duomo de Santa Maria dei Fiori.


Je ne suis pas masochiste au point de vouloir recréer cette magie de couleur et de pierre sur un décor, parce que ce n’est pas tout ça mais j’ai un métier et les journées ne font que 24 heures, mais je voulais du marbre vert sur des parois blanches (pour la Killzone Volkus à venir, ce sera l’inverse). La plupart des tutos pour le marbre sont à l’aérographe, cependant, technologie que je ne possède pas, et de toutes façons ils sont adaptés à des socles lisses et pas à des reliefs. Donc j’ai improvisé.
Comme j’étais très contente de mon primer AK noir Fine Primer, j’ai voulu en essayer un autre de la même marque mais dans la gamme Quick Gen, couleur Bone. La couleur elle-même est parfaite, un bel ivoire, mais j’ai un vrai problème sur la texture. Je ne sais pas si c’est que je n’ai pas assez secoué (et pourtant je secoue tous mes sprays comme si de l’or et des diamants devaient en tomber), ou si c’est la nature du produit lui-même, mais le fini est rêche, très désagréable, et je ne m’en servirai jamais pour des figurines à manipuler parce que brrrr, cette texture. On dirait du carton. Même après peinture cette rugosité persiste et il faut deux couches de vernis brillant pour l’effacer.

Côté couleurs, après une seule couche volontairement hétérogène de Vallejo Intermediate Green, j’ai ajouté de larges plages irrégulières de Prince August Vert Camouflage, puis au centre de celles-ci un mélange de Prince August Vert Camouflage + Vallejo Dark Purple + noir. Le violet est très important : le marbre est un assemblage de cristaux différents, pas simplement un dégradé mono-ton.


Entre les plages sombres, j’ai placé des plages claires de Vallejo Intermediate Green simplement éclairci au blanc, et ensuite tracé au hasard des marbrures de Vallejo Bright Green. Avant de placer les derniers éclaircissements (Vallejo Cream White + Vallejo Lime Green + Vallejo Intermediate Green) sur certains endroits des marbrures, j’ai passé une couche de contrast diluée au medium acrylique. Pour tester, je n’ai pas fait cette étape sur le niveau du bas et la différence est marquante :

Évidemment, et parce que j’ai passé plus d’un mois sur l’affaire, j’ai changé de technique en cours de route. J’ai rajouté des rehauts plus clairs de Lime Green + Cream White suivis de Intermediate Green + Cream White au cœur des marbrures. Et sur certaines colonnes, pour ajouter de la variété, j’ai entouré les marbrure larges de marbrures plus fines et pâles de Vert Camouflage + Cream White, faites avec mon pinceau le plus fin et long. J’ai aussi rajouté des taches sombres de Vert Camouflage + Dark Purple + noir enrichies en noir.

Pour sceller le tout, deux couches de vernis brillant. Toujours rapport à l’évolution de la technique durant l’affaire, après la première colonne j’ai lâché la contrast diluée au medium, remplacée par un lavis à l’huile appliqué à la fin. Non pas parce que je n’étais pas contente du résultat mais pour garder les mêmes pigments sur tout le décor par pure flemme de mélanger les techniques. Quelle que soit la technique retenue, comme on peut le voir sur la photo, la différence de tonalité sans lavis entre les murs et les colonnes était trop importante et il fallait absolument apporter plus d’unité visuelle.
Je ferai un article sur la technique du lavis à l’huile quand j’aurai un peu plus de recul : c’est quasiment mon premier essai et j’ai beaucoup tâtonné. En couleurs, j’ai utilisé des peintures Sennelier en Noir de Mars et Brun Van Dyck. Je connais Sennelier par leurs aquarelles et leurs encres, et la tonalité du brun m’a surprise (il est beaucoup plus clair que son équivalent en aquarelle). Ses pigments se séparent également beaucoup plus rapidement que ceux du noir. En solvant, j’ai privilégié de l’essence de térébenthine traditionnelle pour le côté 1. traditionnel 2. bobo-écolo-bio parce que c’est tiré d’un sapin et pas du pétrole. J’ai essayé plusieurs densités de lavis ; il faut un truc relativement dense (plus que ce que j’ai préparé pour les pans de mur) pour bien accrocher les creux, et j’ai épongé l’excès après quelques minutes avec un tissu imbibé de térébenthine. J’ai malgré tout été choquée par l’intensité du foncé. Heureusement que j’aime bien les décors sombres…

En ce qui concerne les pans de mur, j’ai d’abord tapoté à l’éponge avec du gris directement sur la sous-couche pour donner de l’irrégularité au crépi. Les parties métalliques sont peintes au Vallejo Gunmetal. Par dessus un lavis à l’huile. Puis un brossage à sec (à l’acrylique Cream White, pas à l’huile, parce que j’ai peur de rien et je suis une guedin) pour la lumière zénithale, soit en insistant sur la partie haute du décor.
En attendant, le résultat est pas mal du tout :


Mais oui, les décors c’est pas la peine de passer du temps dessus. (Pour Volkus, j’ai acheté de quoi faire de la mosaïque. Tout va bien se passer.)